Témoins et jauges sur une fissure : comment suivre son évolution
Une fissure est apparue et vous voulez savoir si elle bouge encore. La réponse passe par la mesure dans le temps : témoins, jauges, relevés datés. Voici comment suivre l’évolution d’une fissure, ce que les mesures permettent de conclure et quand l’avis d’un expert s’impose.
Fissures
Une fissure est dite stabilisée lorsque son ouverture ne varie plus au fil des mois, et active lorsqu’elle s’ouvre, se ferme ou s’allonge. Pour le savoir, il faut mesurer à intervalles réguliers avec un fissuromètre, une jauge graduée collée de part et d’autre de la fissure ou un témoin en plâtre. Un suivi de plusieurs semaines à plusieurs mois, couvrant si possible des saisons différentes, permet de distinguer un mouvement saisonnier d’un mouvement continu, et d’orienter le diagnostic.
Pourquoi suivre une fissure
Une fissure photographiée un jour donné ne dit pas si elle évolue. Or c’est l’évolution qui distingue une fissure ancienne, témoin d’un mouvement terminé, d’une fissure active, signe d’un phénomène en cours. Une fissure de deux millimètres stable depuis des années est moins préoccupante qu’une fissure de quelques dixièmes de millimètre qui double en trois mois.
Le suivi apporte aussi des éléments pour comprendre la cause. Une fissure qui s’ouvre en été et se referme en hiver évoque un phénomène saisonnier, lié à la température ou à l’humidité des sols. Une fissure qui s’ouvre de façon continue évoque un tassement ou une déformation progressive. Ces informations orientent les investigations et les travaux.
Les outils de mesure
Le fissuromètre est une réglette transparente portant des traits de différentes épaisseurs. On le pose sur la fissure et on repère le trait qui correspond à son ouverture. Il permet une mesure rapide, au dixième de millimètre, mais dépend de la précision de lecture et de l’endroit mesuré. Il faut donc toujours mesurer au même point, repéré au crayon.
La jauge de fissure, ou fissuromètre à lecture directe, est composée de deux plaques fixées de part et d’autre de la fissure et coulissant l’une sur l’autre. Une graduation indique le déplacement relatif des deux lèvres, horizontalement et verticalement. Elle est plus précise et permet de suivre un mouvement dans deux directions. Les témoins en plâtre, plus anciens, consistent en une petite bande de plâtre posée en travers de la fissure : s’il se fend, la fissure a bougé.
Poser correctement un témoin ou une jauge
La jauge doit être fixée sur un support sain, de part et d’autre de la fissure, à un endroit représentatif : là où la fissure est la plus ouverte, ou à son extrémité si l’on veut suivre son allongement. Chaque jauge est identifiée par un numéro, et sa position est notée sur un plan ou une photo. La date de pose et la valeur initiale sont relevées immédiatement.
Il est utile de poser plusieurs jauges sur une même fissure longue, et sur les différentes fissures d’un même ensemble, pour comprendre le mouvement global. Les jauges ne doivent pas être recouvertes ni déplacées pendant toute la durée du suivi : prévenez les occupants et, en copropriété, le syndic.

Une jauge graduée mesure le déplacement des deux lèvres d’une fissure dans deux directions.
À quelle fréquence relever les mesures
Les relevés se font à intervalles réguliers : toutes les deux semaines au début, puis tous les mois. La durée du suivi dépend de la situation, mais elle doit couvrir au moins plusieurs mois, idéalement une année complète, pour intégrer les variations saisonnières. Chaque relevé est daté et consigné dans un tableau, avec une photographie de la jauge.
La température peut influencer les mesures : les matériaux se dilatent à la chaleur. Relever les jauges dans des conditions comparables, à la même heure, limite ces biais. Les variations très faibles, de l’ordre de quelques centièmes de millimètre, ne sont pas significatives.
Interpréter les résultats
Une fissure dont l’ouverture reste constante est stabilisée : la cause du mouvement a cessé d’agir. Une fissure qui varie de façon cyclique, s’ouvrant et se refermant selon les saisons, indique un mouvement réversible, lié aux variations d’humidité des sols ou aux dilatations thermiques. Une fissure qui s’ouvre de manière continue signale un mouvement progressif qui doit être traité.
Le sens du mouvement compte aussi. Un déplacement vertical d’une lèvre par rapport à l’autre évoque un tassement. Un écartement horizontal évoque une traction, par exemple une façade qui se décolle d’un mur de refend. L’expert interprète ces données en lien avec l’ensemble des constats.
Le suivi dans les immeubles parisiens
Dans un immeuble ancien, le suivi est utile lorsque des fissures apparaissent après des travaux voisins, lorsqu’un plancher semble se déformer, ou lorsque l’immeuble se situe dans un secteur d’anciennes carrières ou de gypse et présente des désordres. Il apporte des données objectives au syndic et au bureau d’études, avant de décider des travaux.
Pour un immeuble entier, le suivi est organisé par la copropriété, qui peut confier la pose et les relevés à un professionnel. Les résultats sont présentés en assemblée générale et permettent de justifier une étude géotechnique ou des travaux de confortement.

Un tableau de relevés datés transforme une impression en donnée objective.
Ce que le suivi ne dit pas
Le suivi indique si une fissure bouge, et comment. Il ne dit pas pourquoi. Une fissure stable peut tout de même traduire un affaiblissement de structure qui demande un renfort. Une fissure active peut avoir une cause simple, comme une fuite, qu’il suffira de réparer. L’analyse de la cause reste indispensable.
Le suivi ne remplace pas non plus une intervention urgente lorsque des signes de danger apparaissent : affaissement brutal, chute de matériaux, craquements. Dans ce cas, il faut alerter immédiatement le syndic et, si nécessaire, faire évacuer la zone.
Utiliser les mesures dans un dossier
Les relevés de jauges, datés et photographiés, constituent des preuves objectives. Ils sont utiles pour une déclaration de sinistre, pour un litige avec un voisin ou une entreprise, ou pour une demande de reconnaissance de catastrophe naturelle par la commune. Ils documentent l’évolution du phénomène et la date à laquelle il a été constaté.
Conservez le tableau de relevés, les photos et le plan de position des jauges. Transmettez les au syndic et à l’expert chargé d’analyser les désordres.
Ne pas reboucher trop tôt
Une fissure rebouchée avant que sa cause soit identifiée et traitée réapparaîtra. Pire, le rebouchage efface les informations utiles au diagnostic : forme des lèvres, décalage, traces d’humidité. Avant tout travaux de finition, assurez vous que la fissure est stabilisée, par un suivi si nécessaire.
Une fois la cause traitée et la stabilité confirmée, la réparation peut se faire durablement, avec une technique adaptée au support : calfeutrement souple, pontage, reprise d’enduit.
Ce que vous pouvez faire vous même
Pour une fissure dans votre logement, vous pouvez commencer par un suivi simple : marquage des extrémités au crayon, mesure au fissuromètre à un point repéré, photo datée avec une règle graduée. Ce suivi léger, réalisé chaque mois, donne déjà une première indication et sera précieux pour l’expert.
Si la fissure évolue, ou si elle concerne un élément porteur ou une façade, faites appel à un professionnel pour poser des jauges et analyser la situation.
Faire appel à un expert
L’expertise fissures combine l’analyse des fissures, de leur contexte et, si nécessaire, la mise en place d’un suivi. L’expert vous indique la durée et la fréquence adaptées, et interprète les résultats. Nos pages par arrondissement présentent le contexte du sous sol de chaque secteur de Paris.
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Questions fréquentes
Combien de temps faut il suivre une fissure ?
Plusieurs mois au minimum, idéalement une année pour intégrer les variations saisonnières.
Un fissuromètre suffit il ?
Il donne une mesure rapide. Une jauge fixée est plus précise et permet de suivre le mouvement dans deux directions.
Une fissure stable est elle sans danger ?
Pas forcément : le mouvement a cessé, mais la structure peut rester affaiblie. L’analyse de la cause reste nécessaire.
Peut on poser une jauge soi même ?
Oui pour un suivi simple. Pour un élément porteur ou une façade, mieux vaut faire appel à un professionnel.
Les mesures servent elles pour l’assurance ?
Oui, elles documentent l’évolution et la date de constatation, utiles pour une déclaration de sinistre.
Faut il reboucher la fissure pendant le suivi ?
Non. Le rebouchage efface les informations et fausse les mesures.
Que signifie une fissure qui s’ouvre l’été ?
Un mouvement saisonnier, lié à la température ou aux variations d’humidité des sols.
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Sources
- Géorisques, retrait gonflement des argiles et mouvements de terrain
- Ville de Paris, Inspection générale des carrières




















